Des témoignages


Lieu commun et place publique (Michèle Bayar, écrivain)

"Ni vrai - ni faux" (Manu Clabecq, graphiste, illustrateur, plasticien)

Une belle leçon (Maïssa Bey, écrivain)

La cyberécriture et le merveilleux (Youcef Dris, écrivain)

L'enthousiasme et le désir (L. Manaut-Jorda, enseignante français/catalan école Arrels - Perpignan)

Spontanéité et motivation (J.-H. Roca, enseignant CM1 école de Banyuls sur mer)

Moments forts (Brigitte Mirailles, enseignante Cours Maintenon CM1)

Une expérience à poursuivre et à répéter (Virginie Tabouriech, professeur de Français collège Jean Moulin - Perpignan)

Enthousiasme et frustration (Martine Coulin, enseignante, classe du CE2 école Lavoisier – Perpignan)



Lieu commun et place publique

(Michèle Bayar, écrivain)

En proposant cet atelier, j'avais envie de créer avec des enfants du XXIe siècle d'horizons et de cultures différents une sorte de "lieu commun" où nous pourrions tous nous sentir heureux. Mon dictionnaire dit qu'un lieu commun est une banalité trop souvent rebattue. Un assemblage de clichés. Voilà qui semble bien étroit. Passons à la grammaire : l'expression "lieu commun" est une locution. Mot qui évoque pour moi un bus, un moyen de transport. Si je vous dis ça, c'est juste pour que vous me suiviez dans une association d'idée un peu périlleuse. Pourquoi ne pas remplacer "lieu commun" par "place publique" ? "cliché" par "instantané" ? La question à elle seule m'a fait apparaître une place touristique. Je n'y ai pas vu d'autochtones. Il n'y avait que des étrangers... étrange, non ? J'avais envie d'un lieu où nous serions tous d'étranges étrangers arrivés par bus. Or, l'espace du XXIème siècle qui rend la chose possible, c'est le "world wide web", la toile d'araignée mondiale, l'univers virtuel d'Internet. Oui ! C'est ça ! me suis-je dit. Prenons d'assaut quelques bits (il ne s'agit pas d'un gros mot mais du mot anglais désignant les "bus" qui transportent les données dans nos ordinateurs) et allons-y, aménageons notre "lieu commun" !... Nous l'avons fait. Il vous est ouvert. Vous y trouverez plus d'instantanés que de vieux clichés, plus d'émotion que d'idées toutes faites. Nous avons mêlé nos mots et nos images pour créer un paysage virtuel et nous avons été les premiers à le découvrir ! Bien sûr, nous avons eu besoin de quelques "lieux communs" plus tangibles pour nous réunir et mettre cette idée à exécution. Nous les avons trouvés. Trois bibliothèques nous ont accueillis, ont cueilli ce rêve. Moments de bonheur. Là, étrangers parmi les milliers de livres qui nous observaient, dans le bruissement silencieux de leur complicité, nous avons chuchoté, discuté, confié, mis en forme, traduit, écrit, échangé, illustré, composé ce «dé-paysage ». (Michèle Bayar, écrivain, a animé les ateliers d'écriture).

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"Ni vrai - ni faux"

(Manu Clabecq, graphiste, illustrateur, plasticien)

L'atelier a été pour les enfants un temps d'échanges et un temps d'expériences de l'image et de la couleur :
Le travail à l'encre de Chine au pinceau sans dessin préalable, l'élaboration des couleurs à partir des trois primaires, l'ensemble dans un climat de découverte et de plaisir.

L'atelier Dé-paysage est pour moi l'occasion d'un questionnement sur les possibilités qu'offre le multimédia. Les illustrations des textes envoyés d'Algérie sont autant de paysages interprétés et imaginés par les enfants.
Associées aux textes, elles appartiennent à un paysage "ni vrai-ni faux" qui n'existe que sur un territoire virtuel, celui de l'internet

(Manu Clabecq a animé les ateliers d'illustration en Roussillon)

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Une belle leçon

(Maïssa Bey, écrivain)

Je n'aime pas le mot bilan. Je n'aime pas non plus les autres mots qu'on y associe: évaluation, retombées, impact... mais il paraît que ce sont des mots nécessaires... les mots adultes. Et nous voilà, nous, adultes à tenter de transmettre ce que fut pour nous cette expérience. Mais tout compte fait, je n'aime pas non plus le mot expérience... il prend trop souvent de grands airs, des airs de scientifiques... alors je vais parler de rencontres. D'échanges, de moments privilégiés où les frontières se sont effacées par la magie de ce dé-paysage... Les questions des enfants, leur façon spontanée d'entrer dans des univers éloignés, de chercher les mots, de décrire leur propre cadre de vie, de donner à voir, d'abolir toute frontière pour laisser parler leur imaginaire... n'est-ce pas ce que tout écrivain se propose de faire ? Une belle leçon ! il suffisait d'y penser. Michèle Bayar y a pensé, et elle l'a fait. Simplement. Avec pour seule consigne, celle qu'elle s'était donnée : s'effacer derrière les mots de ces enfants trop souvent en mal d'écoute, trop souvent et trop vite considérés comme incapables de s'intéresser à la chose écrite parce que nés dans la culture de l'audiovisuel ...
Nous n'avons été pour notre part, que les architectes de ce pont jeté entre les rives. Ce sont les enfants qui l'ont construit, pierre à pierre. Et nous essayerons d'y faire passer d'autres enfants, tous ceux qui ouvriront la voie aux adultes... (Maïssa Bey, écrivain, dirige la bibliothèque Parole et écriture à Sidi Bel Abbes)

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La cyberécriture et le merveilleux

(Youcef Dris, écrivain)

J’ai beaucoup apprécié l’initiative de l’auteur Michèle Bayar de faire participer des jeunes élèves algériens de l’Oranie (Sidi Bel Abbes et Oran) à un atelier de cyberecriture, exercice de réflexion leur permettant de faire travailler leur imaginaire et raconter ainsi à leur manière et avec leurs mots à eux leur vécu au quotidien et leurs rêves. J’ai doublement apprécié cette démarche parce que c’est la première fois que je suis invité à participer activement à ce genre d’atelier, et j’ai suivi avec beaucoup d’attention l’intérêt de ces enfants pour cette activité nouvelle pour eux et par laquelle ils ont contribué largement et spontanément à mettre par écrit leur imagination, mais aussi leur vécu dans leur groupe social, avec des mots tout simples, mais pleins de force et de tendresse. En ces quelques instants passés avec ces garçons et ces filles j’ai cru déceler dans leurs yeux, dans leurs écrits et dans leur enthousiasme, un sentiment d’appartenance à un nouveau monde né du plaisir de découvrir l’écriture autre que celle de leurs devoirs d’école, de rêver, de dire des choses de manière différente, et surtout de savoir que ces écrits qui racontent leur école pour certains, leur quartiers où leurs loisirs pour d’autres seront lus par d’autres enfants de leur âge au delà des frontières de leur pays. Ces jeunes enfants de Sidi El Houaria qui sont presque tous issus d’un milieu social défavorisé n’ont sûrement pas été bercés pars les contes, puisque dans leur quotidien très difficile, les veillées d’antan qui nous ont fait rêver, nous les adultes, n’existent plus. Mais pourtant, lorsqu’on lit leurs textes, on constate que leur imaginaire, lui, n’est pas mort, et le produit spontané de l’imagination de ces enfants est révélateur quant à leur besoin de communiquer et de livrer aux adultes l'expression intime de leur monde intérieur. Sous le thème de CYBERECRITURE, et piloté par Michèle Bayar, cette expérience m’a permis, en tant qu’auteur de contes pour enfants de constater que le merveilleux est toujours nécessaire à l’homme, et c’est par le merveilleux que l’enfant entre dans la vie de sa communauté. Les textes de ces écrivains en herbe sont là pour nous le prouver :
Un des élèves écrit à propos de dauphins « Je leur lance des sardines farcies au chocolat, ils me disent : "Mmm... B'nina ! C'est délicieux !" ».
L’autre écrira : « S'il y avait un jardin, je voudrais qu'il soit en face de chez moi. »
Un autre encore dira à propos de son école qui est une ancienne prison: « je n'aime pas les fenêtres parce qu'elles sont grillagées. Je préfère regarder l'écran de l'ordinateur, il a beaucoup de couleur. »
Et concernant l’église qui sert de bibliothèque à ces enfants, un autre écrira : « Elle fait partie du patrimoine oranais, légué par l'occupation espagnole. Elle est en face de chez moi. Je suis fier de son existence ».
Quel exemple de tolérance dans la bouche de cet enfant ! (Youcef Dris, écrivain, fait partie de la bibliothèque du Petit Lecteur à Oran)

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L'enthousiasme et le désir

(L. Manaut-Jorda, enseignante français/catalan école Arrels - Perpignan)

Ce que j'aimerais surtout souligner au nom des enfants c'est le plaisir qu'ils on eu à participer à la fois à l'atelier d'écriture proprement dit- et même avec ensuite un sentiment de frustration de n'avoir pas pu en dire plus - et à l'atelier d'illustration au cours duquel ils ont adhéré aux techniques proposées avec beaucoup d'empressement .
Je me souviens que, lorsque j'étais toute jeune, mettons à l'age de mes élèves ( 9ans ), nos institutrices se plaignaient du niveau que nous avions, de notre manque de vocabulaire, etc... Je ne sais à quel âge d'or elles faisaient référence, âge très certainement où des élèves idéaux faisaient de l'acrobatie sans fil sur l'axe paradigmatique...
Si vous me le permettez, je préfère retenir des enfants la notion d'enthousiasme et de désir. (L. Manaut-Jorda, enseignante)

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Spontanéité et motivation

(J.-H. Roca, enseignant CM1 école de Banyuls-sur-Mer)

La rédaction d’un texte de description d’un paysage a été pédagogiquement très intéressante avec sa phase de recherche à deux (socioconstruction d’une production) et la phase de rédaction commune après un vote pour choisir le texte sur lequel travailler. Cependant, ma classe ayant bénéficié par tirage au sort de la seconde partie de la matinée, cela m’a semblé une prouesse d’arriver à produire un texte compte tenu du temps dont on disposait. Certes, c’est une démarche bien rodée mais il aurait fallu peut-être dans l’idéal l’inscrire davantage dans la durée. Ceci écrit, les élèves ont extrêmement apprécié ce moment au vu de la spontanéité de leur narration à leurs camarades qui avaient été absents ce jour-là. Leur motivation s’est maintenue lors de la tentative d’amélioration de l’écrit précédemment rédigé avec Michèle Bayar. En arts visuels, leur production à partir de textes les a tout aussi motivés. Cela leur a permis d’imaginer un paysage à partir de descriptions produites par des pairs distants. De plus, ils ont disposé de davantage de temps. Les résultats sont intéressants. Cependant, j’aurais dû procéder, comme madame Casas, à une deuxième séance de "finitions " pour faire terminer leur dessin à l’encre. J’ai essayé de leur faire rédiger leur ressenti mais ils en sont restés au descriptif. J’ai pu constater cette même difficulté à traduire par écrit des émotions lors d’un projet arts visuels / TICE / production d’écrit. Merci encore à Michèle Bayar et Manu Clabecq (Jean-Hugues Roca, enseignant)

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Moments forts

(Brigitte Mirailles, enseignante Cours Maintenon CM1)

Quelques mots pour faire part du ressenti du projet mené à la Médiathèque grâce à Michèle Bayar et à Manu Clabecq. Au niveau des échanges culturels : il y a eu 2 moments forts en classe où 2 enfants ont parlé de leur famille. Le premier : sa famille est pied noir et a été rapatriée ; elle reste encore en souffrance, bien qu'elle cherche à faire la paix avec ces évenements. Le second,marocain, connaît un peu l'Algérie et en a parlé.Je regrette de ne pas avoir travaillé davantage sur le patrimoine local, mais c'était intéressant que les enfants recherchent les lieux qui les "inspirent" ; une autre dimension est de travailler avec des professionnels de l'écriture et de l'illustration. Contacts très positifs. Merci d'avoir permis à ma classe de participer à cette expérience. (Brigitte Mirailles - enseignante)

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Une expérience à poursuivre et à répéter

(Virginie Tabouriech, professeur de Français collège Jean Moulin - Perpignan)

Pour ma part, ces ateliers ont représenté une expérience nouvelle, très intéressante et enrichissante. Et même si mes élèves de 5ème ont pu paraître agités et pas assez attentifs, leur travail et leur comportement ont été considérables par rapport à leurs habitudes et leurs difficultés. Ils ont dans l'ensemble réussi à travailler en groupes, ce qui n'était pas évident, à produire un texte commun. L'atelier d'illustration m'a particulièrement paru intéressant pour ces élèves-là, car les activités ont varié pendant l'atelier (écoute et découverte, puis production des formes à l'encre de chine, puis recherche du fond commun, puis remplissage des productions personnelles...).
Je pense que les élèves ont été sensibles aux textes reçus des enfants oranais, qui finalement étaient éloignés des leurs dans le thème, mais très proches dans la forme. On est en train de faire un affichage sur ces ateliers au collège pour informer sur cette action, et je me rends bien compte que c'est un moment qui leur a plu, qu'ils se remémorent ou qu'ils racontent avec plaisir et enthousiasme.
Merci en tous cas à vous d'avoir permis ce "dépaysement" à nos élèves, en espérant que l'expérience pourra se poursuivre et se répéter. (Virginie Tarbouriech, professeur de Français)

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Enthousiasme et frustration

(Martine Coulin, enseignante, classe du CE2 école Lavoisier Perpignan)

Les enfants ont été très enthousiastes dans leur manière d’aborder le projet
Dans sa globalité. Ils attendent avec impatience de pouvoir lire et regarder
leur travail et celui des autres enfants . Ils ont aimé rencontrer un auteur et
un illustrateur. En conclusion, je suis persuadée qu’un tel projet doit être reconduit . L’échange
des textes et des dessins présente une formule intéressante. Dans ma logique
d’enseignement j’aurais juste eu besoin de plus de temps pour exploiter à fond
l’outil qui m'était proposé.

Pour ma part, en les observant, j’ai pu faire les constats suivants :

LE PROJET ECRITURE donnait matière à un travail préalable (sur
l’architecture notamment) que nous n’avons pas pu effectuer, l’atelier nous
ayant été proposé par la médiathèque de Perpignan juste avant les vacances
de Noël. Les enfants de la classe avaient, en effet , trop peu de connaissances
sur l’historique de leur quartier .

Les séances de repérage et les observations faites tout au long de l’année
( puisque nous assistons à toutes les manifestations du centre ville ) avaient
permis aux enfants de se remémorer en classe les différents lieux et de
faire émerger du vocabulaire. En séance d’écriture, celui-ci n’est pas
« ressorti » , il n’y a pas eu d’appropriation et les portraits sont restés
assez peu pittoresques.

C’est là, je crois, qu’une seconde séance d’écriture à la médiathèque, après
relecture, mise à distance et autocritique aurait été nécessaire. Les petits
Perpignanais auraient eu besoin de s’approprier davantage leurs productions.
Il est vrai que les enfants disposent d’un vocabulaire restreint et qu’il leur
faut du temps pour se familiariser avec une culture écrite qui, hélas, ne fait pas
partie de leur quotidien.

Il est un peu dommage que nous ayons dû compléter les portraits de lieu par
les deux portraits imaginaires qui se sont greffés artificiellement. Ils relevaient
d’un exercice d’écriture différent qu’il aurait été intéressant de travailler à
un autre moment (lors d’une troisième séance).

LE PROJET ILLUSTRATION me semblait plus simple à mener dans une
unique matinée parce que plus ludique.

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